Mon enfant ronfle : faut-il penser à l’apnée du sommeil ?
Médecin-dentiste spécialiste en orthodontie

Le ronflement chez l’enfant est fréquent et ne signifie pas automatiquement qu’il existe une apnée du sommeil. En revanche, lorsqu’il est répété ou associé à d’autres signes, il peut faire partie d’un tableau de troubles respiratoires obstructifs du sommeil, dont le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS).
Quels signes doivent attirer l’attention ?
La nuit, certains signes peuvent alerter : ronflement régulier ou important, respiration bouche ouverte, sommeil agité, pauses respiratoires observées, respiration difficile ou bruyante, sueurs nocturnes ou réveils fréquents. Le jour, les manifestations sont parfois moins évidentes : fatigue, irritabilité, difficultés de concentration, agitation ou impression d’un sommeil non réparateur. Un seul de ces signes ne suffit pas à poser un diagnostic ; c’est leur répétition, leur intensité et leur association qui doivent inciter à demander un avis.
Pourquoi l’orthodontiste s’intéresse-t-il au sommeil ?
Parce que l’orthodontie de l’enfant ne se limite pas à l’alignement des dents. Elle s’intéresse aussi à la croissance des mâchoires, à la morphologie cranio-faciale et aux fonctions oro-faciales. Certaines caractéristiques, comme un palais étroit, une respiration buccale persistante, une mauvaise position de la langue ou certains profils de croissance, peuvent être associées à un risque accru de troubles respiratoires du sommeil.
L’orthodontiste pose-t-il le diagnostic ?
Non. Cette distinction est essentielle. L’orthodontiste peut participer au dépistage en recherchant des signes d’alerte et des caractéristiques morphologiques ou fonctionnelles. En cas de suspicion, l’enfant doit être orienté vers les professionnels compétents — notamment le pédiatre, l’ORL ou un spécialiste du sommeil — afin qu’une évaluation médicale adaptée soit réalisée.
L’orthodontie traite-t-elle l’apnée du sommeil ?
Pas de façon systématique, et certainement pas à elle seule dans tous les cas. Certains traitements orthopédiques ou orthodontiques peuvent avoir leur place chez des enfants sélectionnés lorsqu’il existe une véritable indication cranio-faciale ou orthodontique. La prise en charge doit alors rester individualisée et coordonnée avec les autres professionnels de santé. Un appareil orthodontique ne doit pas être présenté comme une solution universelle à l’apnée du sommeil.
Une réflexion à laquelle j’ai eu la chance de participer
En 2018, j’ai participé au groupe de travail multidisciplinaire de la Fédération Française d’Orthodontie consacré à la place de l’orthodontie dans le dépistage et le traitement du SAHOS chez l’enfant. Ces recommandations insistent notamment sur l’identification des caractéristiques morphologiques et fonctionnelles à risque, l’interrogatoire des parents et de l’enfant, puis l’orientation médicale lorsque la situation le justifie. Une consultation orthodontique peut ainsi parfois constituer une porte d’entrée utile pour repérer des signes qui seraient autrement passés inaperçus. L’objectif n’est pas de médicaliser tous les ronflements, mais de savoir reconnaître une situation qui mérite d’être explorée davantage et de travailler en équipe lorsque cela est nécessaire.
Sources et références
- Fédération Française d’Orthodontie — Place de l’orthodontie dans le dépistage et le traitement du SAHOS chez l’enfant (2018)
- Fédération Française d’Orthodontie — Page des recommandations
- Rohra et al. — Sleep disordered breathing in children seeking orthodontic care, AJODO 2018
Pour aller plus loin
Votre enfant ronfle régulièrement, respire souvent par la bouche ou présente une croissance des mâchoires qui vous interroge ? Une consultation peut permettre d’évaluer la situation et, si nécessaire, d’orienter vers un avis complémentaire.



